foster wallace

Personnage romanesque en cercles concentriques

 

                           Foster Wallace

Personnage romanesque en cercles concentriques

Foster Wallace est écrivain américain

 

 

Il est l'auteur d'un des cent meilleurs romans du XXième siècle : le livre fleuve et magistral "Infinite Jest". Ce livre écrit en 1996 vient enfin d'être traduit en français. Dans ce livre culte, emblématique pour toute une génération, le rideau s'ouvre sur une mère hystérique tournant en boucle dans un jardin tiré au cordeau...

 

 

Un cercle se dessine alors...

Cause de l'agitation maternelle, son jeune fils HAL vient de débouler de leur maison de Weston, une matiére nauséabonde collée autour de la bouche.

"J'ai mangé ça" radote t-il. Ce sont débris de moisissure qu'il a trouvés dans le sous-sol de cette maison.

La question de l'addiction est posée d'emblée, c'est un des fils rouges du livre.

 

Un trou en lieu et place d'une bouche

Mais aussi ici une bouche en lieu et place d’une langue.

 

Bouche-trou qui ingère et avale du côté de l’enfant et du côté de la mère bouche-geyser qui éructe et vocifère sans l'articulation d'un langage construit.

 

Deux trous béants : l'un noir, l’autre rouge signant respectivement la puanteur chez l’un, l’inflammation pour l’autre.

 

Le poète a dit … deux trous rouges au côté droit...Je ne sais pas pourquoi je pense à toi, Rimbaud, de l'autre côté Atlantique.

Traverse mon siècle et  prends part au chapitre. 

 

Chez Wallace une langue magistrale est là comme chez tout grand écrivain pour sauver ces êtres du naufrage et les mettre à l'épreuve dans leur complexité.

Langue de David Foster Wallace, mort trop jeune.

 

Foster Wallace est Joyce et Shakespeare à la fois. 

Joyce pour la structure, la grammaire.

Shakespeare, pour le lexique. Jest (titre du livre Infinite Jest) est un terme Shakespearien, cela veut dire plaisanterie, comédie, grotesque. Shakespeare lui donne régulièrement une place d'honneur et l’emploie dans la plupart de ses pièces : le roi Lear, Othello. Mais ce terme :"Infinite Jest" est dans Hamlet.

Dans l'acte V Chap 1, une des scènes les plus connues, Hamlet tient dans ses mains le crâne de son bouffon - Yorick. Tirade mélancolique où il pleure ce compagnon perdu : " Alas, poor Yorick! I knew him ... a fellow of infinite jest, of most excellent fancy..."

 

 

Shakespeare se glisse dans le livre par le biais de la comédie.  Infinite Jest a été traduit : "L'infinie Comédie". La dérision donne le ton à ce roman.

 

 

Bandana, deuxième cercle en position serrée...

Ceux qui connaissent l'homme -Wallace ont imprimé son allure argentique au fond de leur rétine...

Un homme flou, aux contours cotonneux, maintenu en sursis par un bandana autour du crâne qui semble faire compression. 

Wallace aimait à répéter "qu'il avait peur que sa tête explose"

Comment ne pas sentir l'abîme : se désintégrer ou se dissoudre? 

Disparition d'un homme prêt à se pulvériser, ou s'évaporer, éther, coton...drogue... flou, nuage-cotonneux.

 

Deleuze dit que l'on aime les gens pour leur faille...

Peut-être les aime t-on simplement malgré leur contradiction !

On peut-être à la fois tragique et comique.

Comme l'était Wallace, comme l'était le fou du roi.

Alors Yorick devient Wallace et Wallace porte ses habits.

Mettons le bandana au compte d' une identification possible au fou du roi.

Ce bandeau s'apparente à un  chapeau de bouffon -velours rouge portant grelots.

Il souligne l'humour noir d'un troubadour agité de sanglots à moins que nous surenchérissions dans l'équivoque et que ce tissu - relique s'apparente au suaire d'un christ prêt à nous sauver ...

Autre photo, autre thèse

Sur ce cliché, on  voit F.W. dans un champ. Il est possible que ce champ soit un champ de maïs. 

Je ne sais pas pourquoi je pense à toi, Nino Ferrer, de l'autre côté Atlantique, qui en plein champ se tire une balle dans le coeur ...C'est comme un refrain cette pirouette rimbaldienne ... Trous rouges au côté...

A gauche, on voit ici un côté pile, nature à l’état sauvage et à droite le côté face, une nature domestiquée, domptée, géométrique.

F.W. fait lien entre les deux.

 

 

 

Les cercles se resserrent

 

Le 12 Septembre 2008, quelque chose fait nœud pour lui.

On ne saura jamais quoi, qui peut atteindre pour lui un tel désespoir.

Il prend une corde, elle coulisse autour de son cou et l’étreint là par pendaison au carrefour du souffle et de la parole.

Quelle étrange mort pour un homme de langue!! 

Un drogué de dictions et de fictions.

Un addictif qui cherchait à travers l'oralité d'une langue à avaler ses mots.

Dernière pirouette de l’artiste : protrusion linguale du pendu, wallace nous tire la langue.

 

Les cercles d'un enfer personnel se referment sur lui.

La littérature perd un homme,

la comédie humaine son bouffon du roi,

les folles amazones, princesse Leia, un Johnny Depp littéraire, véritable personnage romanesque à lui tout seul.

 

 

 

 

 

OUI, IL NOUS MANQUE DESORMAIS UN PARTENAIRE...

"Nature, berce-le chaudement : il a froid"

... COMMENT COMBLER LE MANQUE?.

... Le manque nous serre la gorge... Il nous étreint au carrefour du souffle et de la parole

L'Etau serre et se ressere

 

Le manque devient balle de tennis

Wallace était un passionné de Tennis, (deuxième fil rouge du livre )

Il a manqué de courage... n'a jamais pu l'avouer... vous lui manquez comme partenaire...

Laissez -vous faire...

Prenez cette raquette tirée au cordeau

 

Et, avec lui, inventez-vous un jeu, avec de nouvelles règles, dans ce vague à l'âme littéraire et géométrique qu'est la vie.

Il deviendra votre interlocuteur, votre partenaire, votre ami,  apprivoisant votre nature, sans la domestiquer

... a fellow of infinite jest, of most excellent fancy         

Balle de match hélicoîdale entre le cercle et l'infini

Le cercle ne s'est pas refermé sur vous , l'infini ne vous a pas pris dans sa gueule béante 

A bonne distance,  la bonne hauteur 

Un homme debout 

qui rit et ne pleure pas tout seul...

 

 Anne GALZI

Tout droit réservé

 . Crédits photographiques ,Wallace /champ : Marion Ettlinger

 "Nature, berce-le chaudement : il a froid". Extrait du poème d'Arthur Rimbaud, Le dormeur du val.