La PERLE de DELFT :

  « Mutation d’un grain de poussière,

de sable dans l’œil humide d’un mollusque » 

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                        1 -  A quai  -  Vies parallèles    

La Gare

 

 

 Il existe au moins 3 versions du film : « brèves rencontres ».

Dans la première scène de la version d’Alan Bridge (1974), un train arrive en gare à toute vitesse, Soufflant dans son déplacement, cortège de poussières et encombrements aériens.

 

Sur un quai de gare : une femme, un homme et un grain de poussière…

 

L’occasion d’une rencontre à travers un désagrément.

 

Une poussière s’incruste

Et chahute le pli d’un œil…

Bleu d’une femme sans turban.

La femme c’est Sophia Loren -femme immobile au mitan de sa vie.

 

Une gêne, et le champ des possibles.

L’œil irrité, frénétiquement s’ouvre et se ferme.

 

Alors…

 

L’homme est médecin.                                                                                              

D’un geste sec et opérant, il délocalise la poussière de l’œil nerveux et affolé de Sophia Loren Puis…

 

Sur un quai de gare, une poussière (grain de sable) s’incarne, entre deux…rails de vie.

2  -  Départ  -  Oeil humide  

    Delft, port de marchandises

Dans un paysage de Hollande, mouillé...

 

Une commissure retient un homme...

 

Suspendu à ces lèvres humides, il peint.

 

   Cet homme c’est Vermeer

 

 Ce paysage-là, c’est Vermeer

     Ce paysage-là, c’est Delft

Ce paysage-là, c’est un homme.

 

  Paysage et Homme sont confondus dans un même nom 

      Vermeer de Delft.

 

Vermeer peint la mer, l’eau, liquide et "liquidité" (laitière, goutte, perle, mesure d'argent…).

Rêve mer

Vermeer

 

 

 

 

 

 

 

 

Vermeer à la lettre

3 -  Correspondance   -  Navette

      

Tisser

                                 "Rêve-mer"  est né en 1632, en plein siècle d'or hollandais.

 

                                                                     XVIIème siècle

 

la Hollande est à son apogée dans le monde : c'est la première puissance économique mondiale,

à la tête d’un empire colonial et commercial.

 

Le monde bouge et se déplie, missive, il « téléscope », du proche au lointain.

 

Cartographie, optique.

 

CORRESPONDANCE : des navettes tissent, d’un continent l’autre, d’une main l’autre

Le monde "pli" se déplie.

                  4  -  Correspondance  -  La Lettre

      

Entre deux femmes un "pli" (lettre)

                      

 

Le lointain voyage au coeur de l'intime

5  -  Correspondance  -  Histoire

   Entre deux plis une femme

                     CHUUT

Dans cet autre tableau, Vermeer rêve plis.

Entre deux pans d’histoire, se glisse, mythologique...

                          Une femme.

 Entre deux plis… mystérieuse … une muse : Clio.

 

-  Au premier plan : tapisserie espagnole... L'ESPAGNE nostalgique du siècle précédent peut-être...L' Espagne propice aux arts et aux artistes qui avait alors dominé la Hollande.

 

- Sur le mur du fond : la HOLLANDE du XVIIème carte des Pays-Bas (17 provinces-unies) établie par Claes Jansz.VISSCHER

               

6   -   Correspondance   -  Voyage...

     

 

 

Encore et encore,

 

Le monde bouge.

 

Du proche au lointain,

 

De l'ailleurs vers l'intime.

 

Navettes,

 

D’une main l’autre, d'un continent l'autre.

 

Tissage.

 

Delft-commerce (Orient)

Delft-échange

 

Delft-port de marchandises,

Delft-confluent -delta

 

Delft-delta d’alluvions cristallines

Vermeer-delta d’alluvions cristallines

 

 

                   Alors…

Vermeer -mollusque -animal marin :

Vermeer a l’œil humide de l’animal marin...

 

 il entrouve, il filtre... 

 

Comme ici,

« En entrouvrant sa coquille pour filtrer l'eau et capter sa nourriture, il arrive que s’immisce chez l'animal marin, un grain de sable-corps étranger 

Le grain de sable va alors provoquer une irritation . Ce corps étranger ne pouvant être éjecté, il réagit en l’entourant d'une couche de  nacre -(carbonate de calcium)

Les perles naissent dans certains mollusques et notamment les huîtres,

Le processus relativement lent finit alors par former la perle de nacre »

 

Mais surtout  « laisse filer »

 

Là où un œil sec retiendrait poussière et larme, ferait rétention, Vermeer fluidifie, laisse passer, laisse filer,

 

La lumière file, elle est un peigne, il ne la tresse pas, ne tisse que la chevelure profonde de la femme

 

 Vermeer ne retient pas, il huile, coule, goutte…

 

Tout ce qui est sec est désert -cœur sec- cœur de pierre

Rien ne se modifie, rien ne mute, ni ne se transforme…

Un grain de sable reste un grain de sable.

 

L’humidité est ce qui permet cette mutation

Hollande -Humidité -terrain propice à la transformation, au mouvement

 

Pas d’humidité… pas de larme…  pas de goutte qui se détache et roule le long d’une joue.

Une larme qui roule le long d’une joue, après tout, ressemble dans la transparence, la luminosité, à la sphéricité d’une perle. Orient

7 - La perle  -  Larme D'Aphrodite 

D’un pli -commissure d’un œil,

Une larme alors se détache, roule goutte,

Irradie la commissure des lèvres, finit perle au lobe de l’oreille

 Perle -Larme d'Aphrodite.

 

(Les perles connues depuis l'Antiquité, 

étaient appelées ainsi à cette époque-là)

8 - Jouissance de l’œil, la peinture est excitation.

Jouissance de l'oeil, la peinture est excitation,

Elle fait de chaque spectateur un intrus, un voyeur.

Tu me regardes, mais je te vois aussi, nous dit cette jeune fille dans sa volte-face -détente d’une spirale qui va du turban à la perle.

Tu veux te joindre à moi ?

Je peux me détacher de toi, comme une larme -perle d’Aphrodite.

Je peux régler cette distance, je peux te faire croire que tu te rapproches alors que je t’éloigne, tu peux être près ou loin, diminuer ou croître, c’est selon, te faire croire que je suis à toi alors que tu es à moi

« Je suis le téléscope et tu es le vertige »

 « Tu es le téléscope et je suis le vertige »

 

L’Optique jouissive se définit alors : empêcher tout réglage définitif, « no » curseur, l’œil humide l’emporte en faisant la navette, quelque chose se tisse et vous prend en filet dans ce déséquilibre, qui va du flou de la perle à l’extrême précision des plis « mollusque » - commissures de l’œil et de la bouche

La rencontre s’opère

L’écrin-coquille se tisse entre elle et nous

Il nous fait naître à la sphéricité méditative de la perle et au baroque d’un Vertige dans ce XVIIème siècle.

Anne GALZI

Tous droits réservés

                      Les tableaux de Vermeer (par ordre d'apparition dans le texte) :

 

  - La jeune fille au turban, 1660 -1665, 46,5 par 40 cm, La Haye, Mauritshuis

 

  - Vue de Delft, 1658-1660, 98,5 par 118,5 cm, La Haye, Mauritshuis

 

  - Dame et sa servante,1665-1670, 92 par 78,7 cm, New-york, Frick Collection L'Atelier, 1665, Vienne,       Kunsthistorisches Museum

 

 

Vermeer vous dit merci...